Oui il y a un problème de l’identité nationale en France en 2009. Sur ce plan le gouvernement à raison.
Par contre, la manière dont il va proposer de résoudre cette grave question n’est pas nécessairement la bonne.
Les médias dominés par le gauchisme sénile, les médias formatés par ce gauchisme putride affecté par l’alzheimer politique, tirent à boulet rouge pour ridiculiser le ministre Besson et le Président Sarkozy pour ne pas répondre à la question de fond.
Ils procèdent ainsi parce qu’ils sont pour la dilution de la nation française dans l’ensemble europoïde du traité de Maastricht et de ses suites.
La France ce n’est pourtant pas n’importe quelle nation. C’est muni du poème de Heinrich Heine "les deux grenadiers" que mon grand-père s’adressait par lettre au ministre aux affaires juives, avec dignité (fin 1941 ou début 1942 je ne sais plus exactement). Il s’appuyait sur cette République qui avait brisé tous les vieux ressorts médiévaux et provoqué des bouleversements dont sortiront de nombreuses révolutions et transformations sociales durables.
Quelle nation peut présenter un tel bilan permettant le progrès général ?
Il faut donc revenir à la maxime de Jean Jaurès : "un peu d’internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup d’internationalisme y ramène."
Le débat Lénine-Rosa Luxembourg, sur la place des questions nationales dans l’action de la classe ouvrière "internationale", n’a rien de dépassé :
Les outils existants de la démocratie politique, comme instrument indispensable pour la souveraineté populaire et les réformes de l’organisation économique dans le sens du socialisme, sont des instruments nationaux. Il n’y a ni parti mondiaux, ni syndicats ouvriers mondiaux, ni parlement mondial, etc. Les seuls instruments d’action populaires existant et agissant sont nationaux.
D’autre part, comme le disait justement Jaurès, la France, c’est la République. L’identité nationale, c’est la Démocratie, c’est la laïcité, c’est le bilan positif et contraignant : que la religion est une affaire privée et qu’aucune ne peut s’approprier des bouts de l’espace collectif au nom des exigences de ses dogmes.

C’est ce que le consulat a dit aux représentants des Juifs réunis en "grand sanhédrin", en 1804, puisce qu’a dit la troisième république en gestation en septembre 1870 avec le décret Crémieux. Les Républiques ont dit aux Juifs : Vous pouvez devenir des Français, à condition... à condition que vous acceptiez que ce qui dans la loi de Moïse est contraire aux lois de la République ne soit pas opposé aux lois de la République.
Autant, sinon plus que les mahométans, les Juifs pouvaient dire : mais les lois de Moïse sont la parole directe de Dieu, donnée au mont Sinaï dans un face à face entre le prophète hébreu et la conscience de l’univers !
Les Juifs et leurs organisations religieuses et non religieuse ont accepté la condition impérative du pacte républicain. C’est ce pacte qui est remis en cause par tous ceux qui confondent la question de fond avec la manière dont elle est posée et envisagée d’être résolue par le gouvernement actuel.
Quand vous écoutez les gauchismes séniles (NPA, POI, "gauche"PS, et toute la petite troupe des partisans du mot d’ordre "Palestine vaincra !"), il n’y a qu’une seule nation légitime aujourd’hui sur cette planète, c’est une nation qui n’a jamais existé, c’est la nation qui est la revendication d’un peuple de constitution récente (1967) qui reprend l’appellation donnée un moment par l’occupant romain.
Par contre, pour ces gauchismes salonnards et cacochymes, la nation, celle bien réelle qui a produit Babeuf, les "égaux", Buonarotti, Hugo, les trois glorieuses, la révolte des canuts et le mutuellisme, la pétition de milliers d’ouvriers parisiens pour "nos frères les noirs toujours en esclavage" (1847), la révolution de 1848 pour la République sociale, la nation bien réelle qui a donné vie aux seuls tribunaux du travail existant de par le monde (les conseils de Prud’hommes généralisés en 1848), la nation dont la classe ouvrière a conquis la légalisation du droit de grève (1864), la nation qui a produit avec la commune parisienne le premier gouvernement ouvrier de par le monde qui a mis en œuvre des réformes sociales fondamentales et crée cette démocratie directe et élective que l’on retrouvera dans le soviet de 1905 et dans les conseils ouvriers de 1956 et dans les mots d’ordre et le combat de la classe ouvrière de Hongrie, cette nation qui en 1919, par des difficiles grèves de masse obtenait le principe de la semaine de 40 heures, cette nation dont la classe ouvrière produisit juin 36 qui est le fondement de tout le droit ouvrier dans ce pays et d’autres, la nation qui produisit les grandes réformes sociales de 1945, qui fit la grande grève d’août 1953 pour défendre les retraites déjà menacées par les exigences de la concurrence, la nation dont la classe ouvrière sut faire au printemps de 1968 la plus grande grève généralisée qui consolida certains acquis et en sauvegarda d’autres, cette nation serait à jeter aux poubelles de l’histoire. Parler de la défendre serait inconvenant, et même une grossièreté chauvine ou xénophobe...
On va ainsi objecter la répression coloniale. Mais ceux qui le font ne sont pas du tout choqués par le fait que la "révolution palestinienne", qu’ils aiment plus que tout au monde, est, toutes tendances confondues, "solidaire du combat" des gouvernements djihadistes soudanais, assimilés par eux "au combat du peuple soudanais".
J’ai combattu la répression coloniale menée par des gouvernements français, mais à côté de "l’action du peuple soudanais", la répression coloniale menée par des gouvernements français fait pâle figure.
Depuis le renversement du gouvernement soudanais, qui était une sorte de "front populaire" soudanais, les gouvernements djihadistes de Khartoum ont mené presque quatre décennies d’action de guerre contre la population, d’abord pour détruire le mouvement ouvrier, ensuite éliminer les noirs animistes, puis pour imposer la charia à toute la société y compris aux noirs chrétiens du sud du pays, enfin pour liquider les tribus du Darfour et s’approprier leurs terres.
Au total, cette "action du peuple soudanais", ce djihad permanent, c’est plus de trois millions de civils massacrés et presque autant de personnes chassées et s’entassant depuis des années dans les camps de misères des états limitrophes.
Ceux qui hurlent contre la défense des acquis politiques et culturels de la révolution française, en mettant en avant les bavures d’une démocratie qui doit être approfondie (Jaurès), ne sont pas plus que cela choqués et encore moins indignés par l’alliance de la "révolution palestinienne" avec les contre révolutions d’Iran et du Soudan.
Certains d’entre eux défendent même "l’unité de la nation iranienne" contre "les plans de démantèlement" de l’impérialisme", quand ces "plans" paraissent envisager l’unité restaurée de la nation kurde. Rappelons ici que la nation iranienne, celle que défendent certains gauchistes séniles adversaires de l’identité nationale en France, est cette "nation iranienne" prise dans le corset de fer de l’islamisme politique.
Ils oublient ou veulent ignorer que cette soit-disant unité de la nation iranienne fut obtenue au prix, en 1980-1981, des bombardements aériens massifs, type seconde guerre mondiale, des villes et des villages du kurdistan d’Iran.
Pour conclure, du point de vue du mouvement ouvrier, du point de vue de la Démocratie politique qui n’est pas un plus non nécessaire mais l’outil nécessaire du progrés social, oui, il faut l’affirmer haut et fort : défendre l’identité nationale, cela a un sens : défendre les acquis politiques et sociaux de la grande révolution française et tout ce qui en est sorti de positif pour le plus grand nombre.
Attention de ne pas confondre cette question vitale en 2009 avec la manière dont le gouvernement la pose.
Alain Rubin